Villefavard (87) – Maintenant, je sais tout ce que je peux savoir

Mon père était né à Villefavard le 19 février 1928. Bien que nous passions à quelques kilomètres seulement de son village natal pour aller à l’Ile de Ré, jamais il ne faisait le détour. Nous nous arrêtions juste à La-Brousse-de-Droux pour rendre une visite hative à La Titine, sa nounou. Cette visite permettait de me requinquer alors que j’étais malade depuis déjà plus de quatre cent cinquante kilomètre et surtout elle était sur le chemin des vacances !

Je sais être allée une fois à Villefavard pour un mariage. J’ai le souvenir d’un château, d’une piscine et d’une foule de gens que je ne connaissais pas.  J’avais peut-être sept ou huit ans.

J’ai appris par Odette Morgat que c’est dans ce château qu’avait eu lieu le mariage de mes souvenirs, dans les années 60.

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En ce 16 mai, date anniversaire de son décès, j’ai voulu voir le village natal de mon père. Alors nous avons fait un détour sur le trajet des vacances, sans savoir ce qui m’attendait.

Le village est beau et paisible.

L’étang, et en arrière plan, le temple entre les peupliers.

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Paysages de mémoire, mémoires de paysage

Un peu partout, des photos anciennes des paysages que nous voyons. Un parcours permet de voir tous ces lieux en suivant une promenade. Nous avons pu comparer quelques bâtiments… peut-être un jour ferons-nous le parcours complet.

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Le village est désert. Je suis étonnée d’y trouver deux églises à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. En fait, le temple dans lequel a prêché mon grand-père de 1923 (ou 1924) à 1930 ressemble à une église. Malheureusement, la porte était fermée, et je n’ai pas pu voir son orgue Cavaillé-Coll classé depuis 1992.

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Je continue me trouve devant une grande bâtisse, « La Ferme de Villefavard », ancienne ferme modèle transformée en Centre de rencontres artistiques.

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J’ai retrouvé ces deux cartes postales dans les documents hérités de mes grands-parents :

Au fond à gauche, on voit le toit du temple.

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Juste après la ferme, l’église.

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Je suis surprise de ne pas trouver de cimetière, car j’ai une recherche à y faire.

Heureusement,  je trouve âme qui vit dans la ferme. J’explique qui je suis et ma requête. Le jeune homme m’explique alors que je trouverai certainement quelque chose d’intéressant pour moi à environ quatre cents mètres : près du monument aux morts se trouve l’ancien presbytère qui a de tous temps été le domicile des pasteurs de la commune, et aujourd’hui encore. Il m’indique également comment trouver le cimetière.

Je retrouve Jacques à la voiture et lui explique tout celà… mais j’ai perdu des informations en cours de route. 

Nous trouvons le monument aux morts sans mal, mais où est le presbytère ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un presbytère ?

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Pour Jacques, il a aucun doute : la grande maison, là juste en face du monuments aux morts, c’est ça l’ancien presbytère.

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Envahie d’une émotion indéfinissable, je pousse la grille  : si je trouve la maison où vivaient mes grands-parents, je trouve la maison natale de mon père.

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Je toque au heurtoir, en vain.

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Alors je fais tout le tour de la maison, comme si j’étais chez moi. Je regarde les fleurs, les arbres… C’est là que mon père a poussé son premier cri. C’est là qu’il a fait ses premiers pas. C’est dans ce jardin que le 19 février a fleuri la première jonquille de 1928.

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Même si je la trouve très belle, cette demeure bâtie en 1902 dans le style suisse du rivage du Lac Léman qui accueille aujourd’hui les artistes de la Ferme de Villefavard ne correspond pas à ce que j’ai entendu de la vie austère et rigoureuse de mes grands-parents.

Direction le cimetière. Les éléments pour ma recherche sont flous. Je sais que mes grands-parents ont eu en 1924 une petite fille qui n’a vécu que quelques heures. Dans mon coeur, cette petite fille s’appelait Henriette.

Le cimetière n’est pas très grand, et je trouve de nombreuses tombes avec des noms que j’ai entendus toute mon enfance.

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Et alors que je m’apprête à quitter le cimetière, sans avoir trouvé ce que je recherchais, je reste en arrêt devant une tombe d’enfant : la plaque est neuve, mais y figurent l’année 1924 et le nom de la famille. Mais pourquoi ce prénom ? Ethel-Claudia, je ne l’ai jamais entendu à la maison.

De l’extérieur du cimetière, Jacques me surprend devant la tombe de ce bébé qui était ma tante.

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Je suis toute retournée. Une émotion difficile à décrire. Mais si heureuse d’avoir fait cette démarche qui pourtant va me plonger dans un questionnement sans fin. Qui a changé la plaque ? Pourquoi ces prénoms ?

Nous reprenons la route sous le regard des vaches limousines , tout à la joie d’aller retrouver Frédéric.

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Pendant mes vacances cependant, ces trouvailles m’ont hantée. J’ai téléphoné à la mairie de Villefavard pour avoir plus d’informations. La secrétaire de mairie m’a orientée vers l’association cultuelle dont le responsable, âgé de 88 ans aujourd’hui, est le père du maire de Villefavard.

Il m’a fallu une semaine pour arriver à joindre ce monsieur. Malheureusement, il ne peut me donner que peu d’informations car il n’est pas originaire de la région et son épouse est à un enterrement. Elle est une fille du village… la fille d’amis intimes de mes grands-parents. La seule chose qu’il me dit avec assurance est que la villa que j’ai photographiée n’est pas l’ancien presbytère. Je ne peux pas me tromper : l’ancien presbytère est derrière une vieille porte, une très très vieille porte.

Son épouse Odette me rappelle et nous évoquons ma famille. Elle est désolée d’apprendre que mon oncle et mon père, quasiment du même âge qu’elle, ne sont plus de ce monde. Elle me parle avec volubilité de la douceur de ma grand-mère et de la dureté de mon grand-père. Malgré le départ du Limousin de ma famille, les siens et les miens étaient restés liés.

Ma grand-mère s’ennuyait à Villefavard, et la mort de son enfant en 1924 avait été une dure épreuve. La tombe que j’ai vue était bien la sienne, et Ethel était son prénom.

Ma grand-mère Jeanne Ballu dans la salle à manger de leur maison de Villefavard. Jeune femme de vingt-trois ans au regard bien triste.

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En 1926 est arrivé Joël et mon père, Jean-Luc en 1928.

Odette pense qu’ils vivaient dans l’ancien presbytère, mais les années passant, elle a des doutes et ne sait plus s’ils ne vivaient pas dans la villa de La Solitude.

Ma grand-mère Jeanne et mon oncle Joël né le 21 juillet 1926 à Limoges.

Mon grand-père, le Pasteur Ballu et mon oncle Joël.

Ma grand-mère Jeanne et ses deux fils : mon oncle Joël à gauche et mon père Jean-Luc à droite.

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Voilà, tout redevient flou à nouveau… J’ai cru savoir, je ne savais pas et maintenant je ne sais plus.

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Quand nous sommes rentrés de La Rochelle le 3 juin, nous avons refait le détour pour voir si nous trouvions l’ancien presbytère. Villefavard, nous revoilà !

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Nous traversons Le Bourg avant d’arriver à La Solitude.

Je l’ai trouvée la très très vieille porte ! Mon coeur s’est mis à battre très fort à nouveau.

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Je suis entrée dans la cour. J’étais en train de prendre des photos, quand Monsieur le Pasteur et son épouse son arrivés. Odette les avait prévenus de mes recherches et ils n’ont pas été plus étonnés que ça de me trouver dans leur jardin ! Ils m’ont invitée à prendre le plus de photos possible pour pouvoir comparer avec les documents que je possède.

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Ils m’ont ouvert la porte de leur maison et m’ont laissé photographier la bibliothèque de la paroisse, la cheminée, et l’escalier qui mène aux parties privées.

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Je remercie Monsieur le Pasteur et son épouse pour leur accueil chaleureux et leur compréhension.

Je les quitte… avec encore des doutes.

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Nous prenons la direction du Clops pour rejoindre la route qui nous mènera chez nous. Et cette fois-ci, c’est un petit cheval qui nous regarde partir.

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Depuis mon retour à la maison, j’ai retourné et brassé des centaines et des centaines de papiers, courriers, photos… des passeports, des extraits de naissance, des bulletins scolaires, des diplômes… dans des boîtes, des enveloppes, entre les pages de livres poussiéreux… pour essayer de savoir vraiment. Je n’ai rien trouvé concernant la petite Ethel mais le troisième prénom de ma grand-mère étant Henriette, est-ce cela qui m’avait induite en erreur ?

Depuis ce matin, il y a une chose quENFIN JE SAIS !

Je sais que la maison où habite le pasteur aujourd’hui est celle qui a vu les toute premières années de mon père et que c’est dans ce jardin qu’a fleuri la premier jonquille de 1928 au matin de sa naissance.

La preuve,

c’est la très très vieille porte !

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J’ai retrouvé la maison natale de mon père et la tombe de la soeur qu’il n’a jamais connue.

Maintenant, j’arrête. Je range tous mes documents dans un coffre. J’ai photographié ceux qui évoquent quelque chose pour moi, notamment ceux sur l’Ile de Ré.

Une page est tournée.

Catherine

NB : toutes les illustrations de ce billet sont des documents et archives personnels.
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8 commentaires pour Villefavard (87) – Maintenant, je sais tout ce que je peux savoir

  1. MissParker dit :

    Un billet rempli d’émotions !!!
    BISOUS Catherine, bonne semaine

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  2. chantetal dit :

    Retour à tes racines. Pas toujours facile de s’y retrouver dans le vécu de nos ancêtres.
    Plein d’émotions dans cet article.
    Bonne semaine, bisous !

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  3. Tu t’en doutes, ton article me touche également. Ce sont des noms qui font partis de mon patrimoine familial, maman est née et à été élevée au moulin de Droux et ma grand-mère maternelle avait une propriété à la Brousse-de-Droux. Maman est venue habiter Limoges lorsqu’elle s’est mariée, Papa était de Rancon, 6 Kms de Droux. J’ai encore de la famille là-bas.

    Connais-tu le nom de « La Titine, la nounou » de ton papa
    .
    Je suppose que depuis tu le sais, Un presbytère est l’habitation du curé chez les catholiques ou du pasteur protestant.

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  4. chris dit :

    Que ça remue toutes ces recherches des origines… C’est comme si j’avais fait toutes ces recherches avec toi. Bisous

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  5. paulette35 dit :

    Ces recherches ne laissent certainement pas indemnes, je comprends que tu aies voulu aller jusqu’au bout… C’est très émouvant.

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  6. Ping : Jour 1 | 1, 2, 3 … Catherine !

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