Il y a un an déja

et pourtant, je n’oublie pas …

Et merde, ça fait mal

« Sacré Félicien, tu mérites bien, la cloche des reins, sacré Félicien ».

J’ai une douzaine d’années, nous sommes en vacances à l’Ile de Ré et je chante tue-tête sur la route qui mène à la marée. Manifestement, je ne comprends pas bien ce que je chante, puisque la cloche est « d’airain », et non « des reins » !

Un peu plus tard, adolescente, je suis à plat ventre par terre dans ma chambre, devant le tourne-disque sur lequel j’ai posé un 33 tours de 1961 appartenant à mes parents.


Je recopie les paroles dans un cahier :

La mer sans arrêt, roulait ses galets

La mer-sans-a-rrêt-rou-lait- roulait quoi déjà ?

La mer sans arrêt, roulait ses galets

La mer-sans-a-rrêt-rou-lait-ses-galets

Les cheveux défaits, ils se regardaient

Les-che-veux-défaits-ils-se-re-gardaient

Dans l’odeur des pins, du sable et thym qui baignait la pla-a-ge …

 

Combien de souvenirs de Jean Ferrat ont marqué ma vie ? A la maison, la radio était toujours en marche et mes parents ont toujours écouté des disques ; j’ai grandi avec Brassens, Béart, Ferrat, Yves Montand, Reggiani, Félix Leclerc, Claude Luter et Sydney Bechet, Louis Armstrong, beaucoup de jazz, des compositeurs classiques. Curieusement, Ferré, Trenet et Nougaro ne faisaient pas partie de leur discothèque. Brel est arrivé plus tard aussi.

Hier après-midi, après m’être énervée plusieurs heures sur mon imprimante qui ne voulait rien savoir alors que je voulais imprimer mon petit âne de Pâques, je suis allée me planter sur mon canapé. Et là j’ai appris la triste nouvelle :


La mort de Jean Ferrat, le chanteur engagé

FRANCE INFO – HIER, 16:06

Le chanteur-compositeur-parolier Jean Ferrat vient de mourir, à l’âge de 79 ans, des conséquences d’une mauvaise chute. Il s’est éteint à Aubenas, en Ardèche, où il résidait depuis des années. C’est cette région qui lui avait inspiré « La montagne« , l’un de ses plus grand succès en 1964.
Mais ce sont aussi la poésie, la révolte, la fraternité et l’idéal communiste qui ont nourri son œuvre. Ces chansons, sans concessions, auront d’ailleurs parfois du mal à se faire entendre…

C’est un chanteur qui disparaît, mais aussi un militant indéfectible. Jean Tenenbaum pour l’état-civil, a porté l’étoile jaune à 11 ans, et perdu son père, déporté à Auschwitz. L’enfant sera alors sauvé par un militant communiste. Il ne l’oubliera jamais. « On ne guérit pas de son enfance« , dira-t-il plus tard.


A chaque mort d’une personnalité avec laquelle j’ai grandi, j’ai un petit pincement au coeur, le temps de dire « et merde ». Là, j’ai vraiment de la peine.

Jean Ferrat, il y a un truc que vous ne saurez jamais : quand nous mettons un poulet sur la table, je pense toujours à mon père qui chantait dans les mêmes occasions :

Il faut savoir ce que l`on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones


 

Pas plus tard que vendredi, ma soeur et moi refaisions le monde au téléphone. Nous parlions de l’argent qui abîme les sentiments, qui fait oublier aux vedettes d’où elles viennent. Nous en étions arrivées à la conclusion que seuls Lavilliers et Ferrat ne s’étaient jamais reniés. Nous sommes injustes et en avons certainement oublié.

Et merde, il y a quand même des disparitions qui font vachement mal.

Aujourd’hui, je demande à Isabelle Aubret, Guy Béart et Hugues Aufray de ne pas me faire la même peine avant longtemps, longtemps, longtemps …

 

Catherine

Fils, aiguilles et chamallows – 14 mars 2010
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17 commentaires pour Il y a un an déja

  1. véronique soleil dit :

    C’est dans l’aube chère à Verlaine
    Que tu courais notre domaine
    Humant l’air des quatre saisons
    Odeurs de thym et de bruyère
    Sous tes pattes fraîches légères
    S’élevaient comme une oraison
    Berger des landes familières
    Tu vivais digne et solitaire
    Animal doué de raison
    J’écris ce jour anniversaire
    Où tu reposes sous la terre
    A deux pas de notre maison

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    On voit souvent des souveraines
    A la place des rois qui règnent
    Rien qu’en posant leurs yeux dessus
    Il faut se méfier du paraître
    De nous deux qui était le maître
    Nous ne l’avons jamais bien su
    Tu vécus la vie parisienne
    La nuit sur les quais de la Seine
    Les music-halls et les tournées
    Et cette vie qui fût la mienne
    Il me semble que tu l’entraînes
    A la semelle de tes souliers

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    Jour après jour il faut l’admettre
    Voir ceux qu’on aime disparaître
    C’est ce qui fait vieillir trop tôt
    Au paradis des chiens peut-être
    Ton long museau à la fenêtre
    Tu nous accueilleras bientôt
    Au triple galop caracole
    Je vois tes pattes qui s’envolent
    Chevauchant l’herbe et les nuées
    Le vent siffle dans ton pelage
    Vole vole mon loup sauvage
    Comme au temps des vertes années

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    Hourrah oural ouralou
    Oural ouralou

    je ne saurais te dire lequel de ses textes à ma préférence ,
    mais je sais que ses mots ont laissé un empreinte indélébile dans mon coeur et sa mort une douloureuse cicatrice.

    bises à toi et à vous

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  2. Paulette dit :

    Déjà sur le pont ? Un dimanche matin ?

    Les rétrospectives permettent de découvrir de jolies chansons qui n’ont pas été des succès commerciaux mais qui sont pourtant de vrais petits bijoux.

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    • 123catherine dit :

      Coucou Paulette. Ce billet était programmé !
      Dommage que pour les hommages rendus on voie un peu trop Michel Drucker à mon goût. Mais je regarderai tout de même cet après-midi, d’autant plus que le temps est peu clément pour la promenade. Je regrette de ne pas aller voir Isabelle Aubret à Valence… bisous ❤

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  3. angelot2 dit :

    Bel hommage que tu rends à ce grand monsieur, en ce moment ces chansons envahissent la maison et me tiennent compagnie.
    Belle journée

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  4. Viviane dit :

    Un an déjà, le temps passe trop vite et toujours la même absence , quand les radios nous programmeront elles de vieilles bonnes chansons françaises, les Brel, Brassens, Férré, Ferrat, il ne me reste que quelque vieux vinyls usés d’être tant passés, bises à toi Viviane

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  5. que la vie passe vite deja un an

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  6. Myriam dit :

    Notre enfance et notre adolescence ont été bercées par les mêmes thèmes musicaux!Bon dimanche Catherine!

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  7. Monique 37 dit :

    Avec lui, continuons à chanter: » Que la montagne est belle! »
    C’est toujours ce qui me vient à l’esprit en pensant à lui et à ta belle région, celle de mon Papa. Par ses chansons, il reste vivant!
    Bon dimanche et plein de gros bisous! Câlins aux 2 puces!

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  8. Azalée dit :

    Comme le temps passe vite….déjà 1 an
    gros bisous ma douce Catherine

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  9. thalia dit :

    « Merde », c’est exactement le mot qu’a prononcé mon Jean à moi quand je lui ai appris la mort de Jean Ferrat. Nous avons regardé tous les deux la rediffusion de l’émission de Drucker et j’ai chanté avec lui.
    J’avoue que c’est le seul chanteur qui me donne des frissons quand je l’écoute.

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  10. martine de chatillon dit :

    j’ai grandi avec la radio aussi et les mêmes chanteurs que toi, plus Piaf et Becaud .
    quand je regarde par la fenêtre et que je vois toutes ces belles montagnes autour de moi c’est toujours la chanson de Jean Ferrat qui me vient aux lèvres … elle tourne en boucle dans ma tête .

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  11. alexandrine dit :

    je n’avais pas entendu cette triste nouvelle.

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  12. alexandrine dit :

    pfffff…j’écris des bêtises!!!!!!!!!!! mais cela on a l’habitude ;-DDD
    C’est de l’anniversaire de sa mort dont tu parles !!!!
    Mon dieu que je fatiguée moi !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  13. joelle dit :

    Oh! ma Cath ! tu viens de me mettre les larmes aux yeux, vilaine !!
    Je lis ce message avec un peu de retard car je viens de changer d’ordi et tu sais quel travail c’est …. mais il m’a beaucoup touché d’autant comme je te l’avais dit j’ai des liens un peu spéciaux avec Mr Ferrat par l’intermédiaire d’un ami qui chante Ferrat sur les scènes européennes.
    Ce grand monsieur nous manquera, c’est certain, mais heureusement ses textes et ses musiques sont intemporelles et, même si c’est dommage, son décès a permis à plusieurs de le redécouvrir. Il fait parti de ceux que j’aimerais toujours avec Elvis, Piaf et d’autres encore. Avec le CD de Nolwenn ceux de Jean Ferrat nous accompagnent souvent dans la maison ou dans la voiture. Merci Mr Ferrat et au revoir
    Bises à toi
    Joëlle

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  14. M-Anne dit :

    J’ai grandi avec les chansons de Ferrat, que mon père adorait. Mon père est mort trop tôt, j’avais 14 ans, et depuis je ne peux plus écouter une seule chanson de Ferrat sans avoir aussitôt les larmes qui coulent, et pourtant j’ai maintenant 43 ans. J’aime l’artiste, son engagement, ses choix de vie mais je ne l’écoute jamais…

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